Petite présentation des jésuites à Liège


Jésuites ou « compagnons de Jésus »

Une petite histoire jésuite

La ‘Compagnie de Jésus’ est née dans une période de profonde mutation : découverte du nouveau monde, désir d’autonomie de la personne, Réforme protestante, révolutions scientifiques…
Obligé de reprendre des études à Paris, Ignace de Loyola a déjà quarante ans. Il était né dans le pays basque espagnol, l’année où Christophe Colomb ‘découvrait’ l’Amérique. Pendant ses études, Ignace se fait quelques amis : François-Xavier, Pierre Favre, et quelques autres étudiants de diverses nationalités. Ces premiers compagnons sont séduits par le même idéal de vie. Ils n’ont pas le projet de fonder un nouvel ordre religieux : ils veulent annoncer le Christ et ‘aider les âmes’ en Terre Sainte.
Des concours de circonstances les empêcheront de réaliser leur projet ; ils se mettent donc à la disposition du Pape, qui les disperse en les envoyant comme missionnaires en Asie, comme pasteurs dans les régions où grandit l’influence Protestante, et comme conseillers théologiques au Concile de Trente. Dès les origines c’est la diversité et la dispersion !
Pour éviter l’éclatement complet, ces premiers compagnons décident de fonder la ‘Compagnie de Jésus’ (1540). Ils ‘inventent’ une nouvelle forme de vie religieuse, révolutionnaire pour l’époque : entièrement consacrés à l’apostolat, plongés dans le monde, proches des gens pour les rencontrer dans leur culture propre !
Dès 1548, un premier collège est fondé par les jésuites à Messine (Italie). De telles expériences vont se multiplier très rapidement. Il y a une soif d’apprendre et une conviction : on ne peut pas annoncer Jésus-Christ sans faire confiance aux hommes, à leur culture et à leurs connaissances.
Et à Liège ? Quelques repères :

- Dès 1567, un premier groupe de jésuites s’installe à Liège. En 1581 ils fondent le ‘Collège en Isle’ ou ‘Collège des Jésuites Wallons’ (une partie de l’actuel bâtiment de l’Université de Liège, Place du XX Août). En 1624, fondation du ‘Collège des Jésuites anglais’ (pour la philosophie et la théologie) – actuellement bâtiment de la Région Wallonne (Rue Montagne Ste-Walburge).
- En 1773 la Compagnie de Jésus est supprimée. Les deux Collèges liégeois sont fermés et leurs biens confisqués.
- En 1813, la Compagnie de Jésus est restaurée.
- En 1838, l’abbé Julliot qui a fondé l’école Saint-Servais dix ans plus tôt, entre dans la Compagnie de Jésus : son école est confiée aux Jésuites.
- 1892 : fondation par les jésuites du Collège Saint-Louis (collège devenu diocésain en 1949).
- 1906 : début de l’Institut Gramme (institut industriel), d’abord dans les bâtiments du Collège Saint-Louis puis sur le Quai du Condroz.
- 1992 : fusion du Collège Saint-Servais avec l’Ecole Abbatiale Paix Notre-Dame ! Bénédictines et jésuites relient leurs histoires.


Dix mots clés de l’éducation jésuite

La cura personalis
Etre bienveillant, respectueux, patient et attentif à toute la personne : intelligence, volonté, affectivité, mémoire, le corps et les sens, créativité, liberté.

L’a priori positif
Aborder toujours les choses, les personnes et leur perception légitime de la réalité, avec un a priori positif : accueil de toute la personne et une vision positive de la vie. Ce regard positif est un parti pris d’optimisme.

Le Magis
Le ‘davantage’, le ‘plus’. Toute personne humaine est habitée par une force intérieure le poussant à vouloir toujours ’davantage’, à tendre vers ce qui est ’plus’, ’meilleur’. Appel à se dépasser, ne se contentant pas du déjà-vu, du déjà-fait, du déjà-vécu, du prêt-à-penser, n’acceptant ni l’habitude, ni la morne répétition, ni la routine.

Le principe d’excellence
De ce ‘magis’ naît, dans la tradition éducative jésuite, le principe d’excellence : il s’agit de stimuler chacun à employer au mieux ses propres ressources.

Le service
Le ‘plus’ humain, relationnel, intellectuel, spirituel ne referme pas sur soi mais ouvre aux autres : l’excellence ne peut prendre son sens que lorsqu’elle est au service de la société, au service des autres. Le sens du service nous amène à être des vecteurs de solidarité.

L’exercice
Ce n’est pas la quantité de matières vues qui forme, mais bien ce que l’on a touché en profondeur. Non multa, sed multum. C’est pourquoi les exercices sont au centre de la pédagogie jésuite : expérimenter soi-même plutôt que subir des discours.

Le discernement
Cette disposition de l’esprit à juger clairement et sainement des choses doit s’apprendre et être entraînée ; elle est d’autant plus utile et pertinente dans la société de l’immédiateté qu’elle impose à prendre de la distance, à se donner le temps de réflexion, à analyser avec rigueur tous les paramètres d’une situation.

La relecture
La relecture oblige à prendre le temps, prendre distance ; ‘relire’ l’expérience, ‘relire’ le chemin parcouru, ‘relire’ nos réactions et nos méthodes pour en améliorer le sens.

La liberté
Elle est un moteur de l’existence, dans un élan positif, elle favorise la recherche du ‘magis’. Elle repose sur notre capacité de discernement et implique responsabilité et engagement.

Foi et Justice
L’éducation doit encourager, quelle que soit la matière enseignée, l’adhésion à des valeurs, et en l’occurrence à des valeurs évangéliques au service de la justice.

Quelques maximes

Que cherchez-vous en éduquant les jeunes ?
N’est-ce pas d’aider chaque jeune
à devenir un être pleinement libre,
capable de se situer en adulte
face aux autres,
face à Dieu
et face à lui-même ?
N’est-ce pas d’apprendre à connaître où est la justice
et à la pratiquer
pour que le monde devienne solidaire ?
(P.-H. Kolvenbach SJ)

Respect et lucidité ne suffisent pas à l’éducateur. Il lui faut encore, selon la pédagogie des
Exercices Spirituels, être animé d’une forte confiance dans la personne qui se construit. Pour
Ignace, l’homme est toujours capable de grandir, de se décider dans la liberté, de faire de sa
vie un service.
(P.-H. Kolvenbach SJ)

Jésus-Christ,
Un filigrane
Non un billet d’accès.

Entrer dans l’intériorité, c’est casser le rythme routinier, introduire une pointe de déstabilisation pour se mettre en attente, en écoute, en admiration…