St Ignace, prêtre

Le caractère sacerdotal de la Compagnie de Jésus.

Ignace est ordonné prêtre, avec quelques compagnons, le 24 juin 1537, lors d’un séjour à Venise. Ignace a déjà 46 ans, et toute une vie derrière lui. Ignace et ses compagnons attendent la bénédiction du Pape pour pouvoir faire le voyage en Terre Sainte. Trois ans avant, le 15 août 1534, ils s’étaient réunis à Montmartre pour renouveler ou faire le vœu de chasteté ainsi que le vœu de pauvreté. Et ils y avaient ajouté un vœu original : ils iront à Jérusalem. Effectivement, le pape Paul III leur accorde la licence de se rendre en Terre Sainte et la faculté de se faire ordonner quand ils voudront, par l’évêque qu’ils choisiront et au titre qu’ils voudront.

Ignace et ses compagnons sont ordonnés au double titre de la « pauvreté volontaire » et de la « connaissance théologique suffisante » : ad titulum paupertatis et sufficientis litteraturae. Qu’est-ce que cela veut dire ? Au temps d’Ignace, il fallait un titre canonique d’ordination. Généralement, c’était au titre d’un bénéfice, et donc un prêtre était assigné à un lieu de culte dont les revenus assuraient le traitement. Ce pouvait être aussi au titre du patrimoine, en cas de fortune personnelle ou d’héritage familial. Ignace innove. Quelques jours avant l’ordination, les compagnons avaient renouvelé, entre les mains du légat du Pape, leur vœu de pauvreté totale et perpétuelle. Ils seront ordonnés au « titre de la pauvreté ». Ils ont reçu gratuitement l’ordination sacerdotale, c’est pour se donner eux-mêmes avec gratuité au peuple de Dieu. Comme source de revenus, ils n’ont besoin de rien d’autre que leur engagement à vivre pauvre à la suite du Christ pauvre. Ainsi la mission apostolique d’Ignace, dès ses débuts, est marquée par la gratuité. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).

Deuxième innovation : la disponibilité apostolique. Ignace – et il en va de même pour ses compagnons – n’est pas ordonné pour un lieu ou pour une fonction déterminée. Il veut demeurer apostoliquement disponible, au service du vicaire du Christ, partout où il puisse prêcher la Parole de Dieu et réconcilier les hommes avec leur Sauveur. Leur sacerdoce, a-t-on pu dire, n’est pas celui de St Pierre qui confirme les églises existantes dans leur communion, mais celui de St Paul qui parcourt le monde pour annoncer le Christ, crucifié et ressuscité. C’est un sacerdoce pour la mission, caractérisé par la disponibilité apostolique. Il s’agit de se laisser envoyer là où le Seigneur a besoin de nos ressources et de nos talents. De nos faiblesses aussi car, pour le Royaume, le Seigneur peut utiliser jusqu’à nos faiblesses.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’homme vaut par ce qu’il produit. La vie apostolique elle-même risque d’être jugée sur son efficacité et son rendement. Ignace le sait bien. Après l’ordination, les compagnons ne se jettent pas directement dans l’apostolat. Ils se retrouvent dans un vieux couvent abandonné près de Vicence. Ils dorment sur la paille, mendient en ville, font leur nourriture. Quarante jours de retraite absolue, dans une simplicité radicale. Ils veulent rencontrer le Seigneur dans la prière ou plutôt se laisser rencontrer par lui, se mettre vraiment à son service. Ils n’auraient rien à donner s’ils n’avaient d’abord reçu ce que Dieu leur donnera de partager. Alors seulement, pourront-ils donner le meilleur d’eux-mêmes, prêchant la Parole de Dieu et venant en aide à toute personne spirituellement et matériellement pauvre.

Ignace et les premiers compagnons nous parlent et nous invitent à réfléchir à la manière dont nous sommes appelés à vivre le « caractère sacerdotal » de la Compagnie de Jésus .


P. Guy Vanhoomissen, sj